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Collectivisme & individualisme

Le collectivisme et l’individualisme sont deux réponses opposées à une question simple : qu’est-ce qui a la préséance – la masse ou l’individu ? À l’Institut Kyborg, nous regardons les deux avec sobriété et prenons à ce sujet une position claire et expressément subjective.

Deux termes – simplement expliqués

Par collectivisme, nous entendons – à la suite de l’investigation de Tobias Alke dans « Ausgewählte Perspektiven des Altruismus » (2017) – la préférence générale des intérêts de la majorité sur ceux des minorités et des individus. L’individu est subordonné au tout ; au besoin, on doit l’y amener.

L’individualisme est la contre-perspective. Il reconnaît bien la communauté, mais fixe des limites à sa préséance et protège l’individu d’être simplement sacrifié au « tout ». Ce n’est pas un « chacun pour soi » – mais la conviction que le bien doit advenir volontairement pour être véritable.

Deux modèles d’ordre

Derrière ce couple de termes se tiennent deux conceptions très différentes de la façon dont le vivre-ensemble humain fonctionne :

À l’Institut Kyborg, nous nous tenons du côté de l’ordre naturel et grandi. Celui qui tient les personnes pour fondamentalement mauvaises a besoin de contrainte ; celui qui prend au sérieux leur nature prosociale peut bâtir sur le volontariat.

Pourquoi nous rejetons la contrainte collective

Le noyau de contrainte du collectivisme, nous le tenons pour la mauvaise voie – pour trois raisons qui traversent l’histoire de la philosophie :

Comte. Le sociologue Auguste Comte, qui forgea vers 1851 le terme « altruisme », le lia à la soumission de l’individu à la volonté de la masse – pour assurer l’ordre, au besoin avec pression et force. Celui qui ne rejoint pas volontairement les conceptions de valeur dominantes doit y être contraint. C’est justement cette ligne qui mène – comme le montre Tobias Alke dans son livre – aux modèles modernes de la « punition altruiste » : une prosocialité contrainte par la punition, au lieu de grandir à partir de la conviction. (Plus sur le terme et l’état de la recherche dans le pilier altruisme.)

Nietzsche. Friedrich Nietzsche appelait « morale d’esclaves » la morale qui exige le sacrifice de soi et la subordination, et « troupeau » la masse qui combat tout écart. Sa critique rend conscientes les structures de pouvoir collectivistes qui exercent une pression derrière une façade apparemment désintéressée (plus à ce sujet sous amour du prochain & altruisme).

Laozi. Il y a déjà 2 600 ans, Laozi le résumait – une pensée qui traverse l’œuvre de Harald Alke :

« Plus l’ordre éthique se perd, plus il faut d’ordonnances et de lois. Plus il est édicté d’ordonnances, plus l’ordre naturel se défait. »

De notre point de vue, il y a là une expérience durable : les vraies valeurs ne peuvent être commandées. Plus une éthique se perd du dedans, plus la morale extérieure, les règles et le contrôle prennent sa place – et plus ce qui porterait de soi-même est étouffé.

Mais aucun égoisme nu non plus

Celui qui rejette la contrainte collective n’est donc pas un ami d’un intérêt de soi sans scrupule. Au contraire :

Important : par là, la concurrence n’est pas exclue et l’égoisme n’est pas diabolisé. Un intérêt de soi sain – le soin de soi, la représentation de ses propres intérêts – est légitime et une condition de notre identité (voir soin de soi). Il ne devient problématique que lorsqu’il se fait aux dépens d’autrui.

Notre troisième voie : volontaire et individuelle

Entre la contrainte collective et l’égoisme prédateur se tient notre position réelle. Tobias Alke l’a condensée en une phrase :

« La communauté ne se tient pas plus au-dessus de l’individu que l’individu au-dessus de la communauté. »

Les deux sont aussi importants. Un être humain ne vaut ni plus ni moins parce qu’il se tient plus haut ou plus bas dans un ordre. De ce rang égal découle une troisième voie : une prosocialité volontaire et individuellement responsable – portée par une éthique intérieure et la conscience de la responsabilité, non par l’ordonnance et la punition.

Elle se montre concrètement dans le don et le contre-don réciproques (réciprocité), dans une communauté qui nous renforce, et dans l’amour du prochain vécu – toujours volontairement, jamais par la pression, la faute ou la peur. Compris de cette façon, l’individualisme n’est pas un opposé de l’esprit public, mais sa condition : seul celui qui commence par lui-même et agit à partir de sa propre conviction apporte quelque chose qui a de la permanence.

Ce n’est pas le système, mais la maturité

Une dernière pensée importante – et, de notre point de vue, la décisive. L’histoire suggère que tout système politique tend, tôt ou tard, à devenir empiétant : le pouvoir attire le pouvoir, les ordres se figent, et les appareils commencent à se servir eux-mêmes au lieu de servir les personnes. L’économiste Mancur Olson a décrit comment les sociétés mûres deviennent, avec le temps, traversées de coalitions d’intérêt et de distribution qui paralysent le tout. Aucune étiquette – « gauche » ou « droite », plan ou marché – n’en est immunisée.

De là découle pour nous une compréhension sobre : il n’y a pas un système juste qui nous dégagerait de la maturité. La protection réelle contre l’empiètement n’est aucune meilleure constitution et aucun meilleur dirigeant, mais la maturité et la responsabilité de soi des personnes elles-mêmes. C’est justement là l’arc qui ramène au début : de même que l’amour du prochain ne peut être décrété, de même un ordre libre et juste ne peut être contraint d’en haut – il dépend de savoir si les individus sont prêts à assumer la responsabilité et à agir selon une éthique intérieure.

Ce n’est pas un motif de résignation, mais un encouragement : celui qui commence par lui-même n’est pas à la merci du changement. La maturité grandit – dans l’individu comme dans une société.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le collectivisme – simplement expliqué ?

Le collectivisme signifie, par principe, placer les intérêts et les besoins de la majorité au-dessus de ceux de l’individu et des minorités. L’individu est subordonné au tout – en cas de doute, même contre sa volonté.

Qu’est-ce que l’individualisme – simplement expliqué ?

L’individualisme est la contre-perspective : il reconnaît la communauté, mais fixe des limites à sa préséance et protège l’individu d’être simplement sacrifié à la masse. De notre point de vue, cela ne signifie pas « chacun pour soi », mais : volontaire au lieu de contraint.

Est-ce une critique du socialisme ?

Notre critique se dirige contre le noyau de contrainte collectiviste – c’est-à-dire contre la soumission de l’individu à la masse. Elle ne se dirige pas contre la solidarité ou la cohésion. La véritable serviabilité, nous la tenons pour quelque chose de volontaire qui ne peut être décrété.

Êtes-vous alors pour un capitalisme débridé ?

Non. Nous rejetons tout autant l’égoisme nu qui se fait aux dépens d’autrui. Notre position est une troisième voie : ni contrainte collective ni intérêt de soi prédateur, mais une prosocialité volontaire et individuellement responsable.

Que signifie « la communauté ne se tient pas au-dessus de l’individu » ?

C’est la formule centrale de cette entrée : la communauté ne se tient pas plus au-dessus de l’individu que l’individu au-dessus de la communauté. Les deux sont aussi importants – un être humain ne vaut pas plus parce qu’il se tient plus haut ou plus bas dans un ordre.

N’est-ce pas simplement une question du bon système politique ?

De notre point de vue, non. L’histoire montre que tout système tend, avec le temps, à l’empiètement. La protection réelle n’est donc pas une meilleure constitution ou un meilleur dirigeant, mais la maturité et la responsabilité de soi des personnes elles-mêmes. Un ordre libre ne peut être contraint d’en haut.

Historique des modifications · dernière mise à jour le
  • — Première version française.

Sources

  • Tobias O. R. Alke: Ausgewählte Perspektiven des Altruismus. Eine interdisziplinäre Anregung der Soziologie und ihr Gewicht im Altruismusdiskurs von 1990 bis 2013 im Überblick. Kyborg Institut und Verlag, 2017. ISBN 978-3-96104-027-8. Eintrag Deutsche Nationalbibliothek
  • D. Harald Alke: Die Ethik des Neuen Menschen. Ethik, Moral, Glaube und Verantwortung. Kyborg Institut und Verlag, 1993 (4. Auflage 2016). ISBN 978-3-924722-04-3. Eintrag Deutsche Nationalbibliothek
  • Auguste Comte: Discours sur l'esprit positif (1842) – Erstprägung des Begriffs „altruisme” als Unterordnung des Einzelnen unter die Gemeinschaft. Volltext (Wikisource)
  • Friedrich Nietzsche: Zur Genealogie der Moral (1887) und Jenseits von Gut und Böse (1886) – Kritik an „Sklavenmoral” und „Herden-Moral”. Volltext (Projekt Gutenberg)
  • Thomas Hobbes: Leviathan (1651) – Modell einer künstlichen, von oben gesetzten Ordnung. Volltext (Project Gutenberg)
  • Laozi: Tao Te King – „Je mehr Verordnungen erlassen werden, desto mehr zerfällt die natürliche Ordnung.” Volltext, Übs. Richard Wilhelm (Projekt Gutenberg)
  • Mancur Olson: The Rise and Decline of Nations (1982) – zur Verkrustung reifer Gesellschaften durch Interessen- und Verteilungskoalitionen. Yale University Press

Autoren: D. Harald Alke, Tobias O. R. Alke